Des Wisigoths dans les rues de Phoenix

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Photo: Pierre Vignau – Horns

Billy Bob a peur. Phoenix a peur. L’Amérique blanche a peur. Peur des fantômes, peur de tout, peur surtout des réfugiés syriens qui ont envahi l’Europe ces derniers mois et qui s’apprêteraient à franchir l’Atlantique par dizaines de milliers d’ici les prochains mois pour venir vandaliser leurs propriétés, violer femmes et enfants, détruire leur idéal de vie et imposer la charia à tous les habitants. Rien de moins.

Comme bien d’autres, Billy Bob croit dur comme fer que ceux que l’on identifie comme étant des réfugiés ne sont en fait qu’une armée d’envahisseurs prête à faire subir à l’Amérique ce que les Wisigoths ont fait subir à Rome au premier siècle de notre ère, entraînant la chute de l’empire. Peu importe les faits criants; peu importe la misère, les noyades, les familles décimées, les rêves détruits de ces gens qui fuient par milliers les zones de guerre que sont devenues la Syrie, la Lybie et l’Irak. Pour Billy Bob, bien assis sur le bord de sa piscine en banlieue de Phoenix, l’explication est simple: l’histoire se répète, les vandales sont à nos trousses, l’empire est menacé.

Alors, il tempête sur les médias sociaux; dénonce son président, appelle aux armes et brandit la constitution à la moindre occasion. Il applaudit quand on lui suggère d’interdire aux Musulmans d’entrer au pays car l’Islam est la mère de tous les maux; quand on lui promet de construire un mur au sud de son état car il s’agit là de la meilleure façon d’empêcher les violeurs, les vendeurs de drogue et les voleurs d’emplois d’entrer au pays; quand on lui dit que ses libertés civiles sont menacées car il y a un tyran au pouvoir; et que son pays est sur le point de devenir un pays du tiers monde parce que l’Amérique, comme lui, est endettée. Le Billy Bob qui m’a interpellé sur Twitter nage en plein déni. Il délire; comme les autres qui ont applaudi à tout rompre ses commentaires. Le problème, c’est qu’il ne s’agit pas d’un geste isolé: ils sont des dizaines de milliers comme lui à vomir leur haine ainsi sur les médias sociaux et à sombrer dans l’intolérance.

Ces gens ne rêvent pas d’un monde meilleur mais plutôt d’un hypothétique retour en arrière vers une époque où l’Amérique blanche et chrétienne, souveraine, pouvait parler fort et faire régner sa loi sur le reste du monde, en faisant fi des autres. Sauf que cette époque n’a jamais existée, si ce n’est dans les films de John Wayne. Et encore.

Non, Billy Bob, l’histoire ne se répète pas. L’histoire ne se répète jamais; elle évolue. Ce n’est pas parce que nous sommes incapables de saisir les enjeux complexes en présence qu’il faut pour autant tout simplifier. Les gens changent, les enjeux et les priorités aussi. Les frontières se font et se défont au gré du temps. La technologie, la science et la médicine repoussent de jour en jour les limites de nos connaissances. Les humains apprennent à ne pas refaire les mêmes erreurs. Ils mettent en place des mécanismes qui les protègent et les aident en ce sens. C’est entre autres pour cette raison que les gouvernements existent et ont leur raison d’être. Sinon tout ne serait que barbarie.

Non, Billy Bob, ces réfugiés qui te font tant peur sont des gens qui fuient la barbarie des hommes qui refusent d’évoluer. Ils fuient l’intolérance, le racisme, l’oppression. Ils ne sont ni parfaits, ni purs; ils parlent une autre langue, pratiquent sans doute une autre religion. Mais ils ont besoin de ton aide pour s’en sortir et se refaire une vie. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire. Non plus la dernière. Et l’Amérique a toujours été là pour les aider.

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