Trump est un bâton de dynamite

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Donald Trump est un bâton de dynamite planté au cœur du système politique américain par une large faction de la population, blanche et chrétienne, qui refuse consciemment de faire ses devoirs de citoyen. Qu’il gagne ou qu’il perde, le mal est fait. Et le bâton de dynamite va exploser.

Combien il est désolant d’entendre les partisans de Trump tenter d’expliquer ce qui les pousse à se rallier à leur favori : « Trump dit les bonnes choses, des choses qui sont vraies et qu’aucun politicien n’a osées dire avant lui; Trump est un patriote qui parle le même langage que nous; Trump a réussi en affaires et va appliquer sa recette du succès pour remettre l’Amérique sur ses rails ». C’est tout? Vraiment? On se croirait en plein de film de Disney. C’est d’une naïveté à en pleurer.

Mais cette naïveté, déroutante vue d’ici, appelle au danger. Donner ainsi les clés du royaume à un aventurier de grands chemins, à ce Trump, un démagogue qui n’a aucun plan précis, aucun programme politique, aucune notion de géopolitique, aucune expérience en gestion publique, est assurément un geste d’une insouciance inouïe. Ou bien ces gens sont des idiots, ce dont je doute; ou bien ils le font en toute connaissance de cause par souci de vengeance contre la classe politique qui leur a fait subir sept années de pouvoir d’un président noir auquel ils ne se sont jamais identifiés. Il pourrait être tentant de parler ici de démocratie à l’état pur, d’y voir l’expression de la volonté d’un peuple souverain qui exerce son droit de vie ou de mort sur celui ou celle qui doit les gouverner; mais je n’en crois rien. Car si la seule chose qui compte est de remettre l’Amérique sur ses rails, en balançant tout par la fenêtre et en faisant fi de tous les détails qui importent pour réaliser ce projet phare, cela signifie tout simplement que les gens ne sont pas intéressés de savoir comment Trump va s’y prendre pour gouverner. Visiblement, le peuple, lui, ne veut pas gouverner et préfère fermer les yeux en laissant quelqu’un d’autre le faire à sa place; ce qui, en soi, n’a rien d’un geste démocratique. En fait, plus que tout, la nébuleuse Trump s’apparente à un mouvement anarchique visant à remplacer les institutions politiques en place par du néant.

Le parti Républicain et toute la classe politique américaine sont donc aux prises avec un problème de taille qui me paraît insoluble. Car il est difficile d’imaginer que les partisans de Trump sauront se rallier à un autre candidat en cas de défaite improbable de leur protégé. Au même titre, si Trump est élu à la présidence, il est tout aussi difficile d’imaginer que ceux qui n’ont pas voté pour lui, républicains ou démocrates, acceptent sans mot dire la défaite et se rangent en silence derrière celui qui aura mis le feu aux poudres à leurs dépens pour arriver à ses fins. L’Amérique est coincée car Trump a éveillé des démons puissants, comme le racisme et l’intolérance, qu’on croyait à jamais enfouis au fond du placard et qui n’ont rien à voir avec les valeurs républicaines. Et Trump aussi est coincé car il ne peut désormais plus reculer, le mouvement qu’il a généré paraissant désormais plus grand que lui. Il est donc condamné à aller jusqu’au bout de sa logique implacable.

Il y a un bâton de dynamite au cœur du système politique américain et il est sur le point d’exploser. Il y a de quoi être inquiet. Surtout dans un pays où les gens sont armés jusqu’aux dents.

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(2 commentaires)

  1. Merci pour ton commentaire. Plutôt d’accord concernant l’expression Amérique vs Etats-Unis. Je vais en tenir compte dans la version anglaise (à paraître sous peu). Fera peut-être aussi l’objet d’une prochaine chronique.

    • Marthe Léonard on 8 mars 2016 at 11 h 18 min
    • Répondre

    Salut cousin,

    Encore une fois, ton opinion dans ce billet est juste et opportune, en ce moment précis où trop d’Étasuniens bang-bang honorent un homme aussi dangereusement «cheap», vulgaire, opportuniste, revanchard et la liste est trop longue pour que je continue à énumérer les vices de ce mâle déguisé en Ken (l’homme de Barbie) et encore, Ken ne parlait pas et n’était pas armé…

    Je tique toujours quand les gens des États-Unis et d’ailleurs parlent de l’Amérique – laquelle, à ce que je sache, ne leur appartient pas. Pourquoi ne pas utiliser les mots États-Unis, Étasunien ou étasunien (acceptés dans les dicos), ou, en anglais, United States et United-staters? Ce serait bien d’identifier ce pays en tant que tel et non en tant que continent. En outre, ça ferait grand plaisir aux Américains du Nord comme aux Américains du Sud!

    Les journalistes de la presse écrite d’ici utilisent déjà ces mots depuis quelques années, dénominations qui insultent tant les fous de Trump d’ailleurs.

    Amitiés, cousin.

    Marthe

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